I. Le principe de laïcité
La laïcité est un principe constitutionnel inscrit à l'article 1er de la Constitution de 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » Ce principe repose sur la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État, qui pose deux règles fondamentales :
- Liberté de conscience (art. 1er) : la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes
- Non-reconnaissance et non-financement des cultes (art. 2) : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte
Le Conseil constitutionnel a érigé la laïcité en principe à valeur constitutionnelle et le Conseil d'État en a précisé les contours dans son avis du 27 novembre 1989.
II. La neutralité de l'État et des agents publics
- Obligation de neutralité des agents publics : interdiction de manifester leurs croyances religieuses dans l'exercice de leurs fonctions (CE, avis Marteaux, 3 mai 2000)
- Extension aux personnes participant au service public : collaborateurs occasionnels, délégataires (CE, 19 mars 2013, commune de Montreuil)
- Neutralité des bâtiments publics : interdiction d'apposer des signes religieux (art. 28 loi de 1905)
III. Le port de signes religieux
- Loi du 15 mars 2004 : interdiction du port de signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics
- Loi du 11 octobre 2010 : interdiction de la dissimulation du visage dans l'espace public (validée par CEDH, SAS c/ France, 1er juillet 2014, sur le fondement du « vivre ensemble »)
- Secteur privé : le règlement intérieur peut restreindre la liberté religieuse si la clause est justifiée et proportionnée (CJUE, 14 mars 2017, Achbita)
IV. Articulation liberté religieuse et ordre public
- Liberté religieuse protégée par l'art. 9 CEDH et l'art. 10 DDHC
- Restrictions : doivent être prévues par la loi, poursuivre un but légitime et être nécessaires dans une société démocratique
- CE, ord., 26 août 2016 (ordonnance « burkini ») : suspension d'un arrêté municipal interdisant le port du burkini sur la plage, en l'absence de risques avérés pour l'ordre public
- Contrôle de proportionnalité : le juge vérifie l'adéquation entre la restriction et la menace à l'ordre public