I. Le mécanisme de la QPC
La question prioritaire de constitutionnalité (QPC), introduite par la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 et entrée en vigueur le 1er mars 2010, permet à tout justiciable de contester la constitutionnalité d'une disposition législative applicable à son litige (art. 61-1 Constitution).
- Fondement : article 61-1 de la Constitution et loi organique n° 2009-1523 du 10 décembre 2009 (art. 23-1 à 23-12 de l'ordonnance du 7 novembre 1958)
- Contrôle a posteriori : la QPC permet de contester une loi déjà promulguée et applicable, à la différence du contrôle a priori (art. 61)
- Caractère prioritaire : le juge doit examiner la QPC avant toute exception d'inconventionnalité (CE, 16 avril 2010, Association Alcaly ; mais Cass., 16 avril 2010, Melki et Abdeli, puis CJUE, 22 juin 2010 : la priorité ne doit pas empêcher le renvoi préjudiciel à la CJUE)
- Droits et libertés invocables : droits et libertés garantis par la Constitution (bloc de constitutionnalité : Constitution, DDHC, Préambule de 1946, Charte de l'environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République, objectifs de valeur constitutionnelle)
II. Les conditions de transmission (art. 23-2 de la loi organique)
- Devant le juge a quo (tribunal administratif, cour administrative d'appel) : trois conditions cumulatives :
- 1. Applicabilité au litige : la disposition législative contestée doit être applicable au litige ou à la procédure, ou constituer le fondement des poursuites
- 2. Absence de déclaration de conformité : la disposition ne doit pas avoir déjà été déclarée conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel dans les motifs et le dispositif d'une décision, sauf changement de circonstances de droit ou de fait
- 3. Caractère sérieux ou nouveau : la question doit être sérieuse (doute raisonnable sur la conformité) ou présenter un caractère nouveau
- Délai : le juge a quo statue sans délai par une décision motivée. En cas de transmission, il surseoit à statuer (sauf urgence, détention, éloignement)
III. Le filtre par le Conseil d'État
- Rôle de filtre : le Conseil d'État (ou la Cour de cassation pour l'ordre judiciaire) examine les mêmes conditions et décide du renvoi au Conseil constitutionnel dans un délai de 3 mois (art. 23-4 et 23-5)
- Taux de renvoi : le CE renvoie environ 20 à 25 % des QPC transmises, exerçant un filtrage rigoureux
- QPC posée directement devant le CE : lorsque le CE est saisi au fond (en premier et dernier ressort), il cumule les fonctions de juge a quo et de filtre
- Absence de recours : la décision de non-renvoi n'est susceptible d'aucun recours (art. 23-7)
IV. La décision du Conseil constitutionnel et ses effets
- Délai de jugement : le Conseil constitutionnel statue dans un délai de 3 mois à compter de sa saisine (art. 23-10)
- Déclaration de conformité : la disposition est validée et le litige reprend son cours
- Déclaration d'inconstitutionnalité : la disposition est abrogée (non annulée) à compter de la publication de la décision ou à une date ultérieure fixée par le Conseil (art. 62 al. 2 Constitution)
- Effet erga omnes : la décision s'impose à toutes les autorités juridictionnelles et administratives (art. 62 al. 3)
- Modulation dans le temps : le Conseil constitutionnel peut reporter l'abrogation pour laisser au législateur le temps d'adopter un nouveau texte (CE, 18 juillet 2011, Fédération nationale des chasseurs : le juge administratif applique la loi inconstitutionnelle tant que l'abrogation n'est pas effective)
- Bénéfice pour le requérant : en principe, le requérant ayant posé la QPC bénéficie de la déclaration d'inconstitutionnalité dans son litige, même en cas d'effet différé (CE, Ass., 13 mai 2011, M'Rida)
- Réserves d'interprétation : le Conseil peut déclarer la disposition conforme sous réserve d'une interprétation précise, s'imposant à toutes les juridictions
Point clé : La QPC permet un contrôle a posteriori de la constitutionnalité des lois. Trois conditions de transmission sont vérifiées par le juge a quo puis par le CE (filtre). La déclaration d'inconstitutionnalité entraîne l'abrogation de la disposition, avec possibilité de modulation dans le temps par le Conseil constitutionnel.